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IA en EHPAD : par où commencer, concrètement

Publié le 8 septembre 2026 · 7 min de lecture

Depuis un an, la question revient à chaque échange avec une direction d’établissement : « On sait qu’il faut s’y mettre, mais on commence par quoi ? » Derrière cette phrase, il y a souvent une pile de démonstrations vues en salon, un prestataire qui a promis monts et merveilles, et une équipe de direction qui n’ose pas dire qu’elle ne voit pas bien où tout cela mène.

Voici les cinq questions que je pose systématiquement avant d’écrire la moindre ligne de feuille de route. Elles ne demandent aucune compétence technique — seulement de connaître votre établissement.

1. Quel est le problème que vous cherchez à résoudre ?

C’est la question qui fait le tri. « Mettre de l’IA » n’est pas un objectif ; « réduire le temps passé sur les transmissions », « fiabiliser la préparation des commissions », « répondre plus vite aux familles », ce sont des objectifs.

Tant que le point de départ est l’outil et non l’irritant, le projet part de travers. Un bon cas d’usage se formule toujours en une phrase qui commence par un verbe : gagner, sécuriser, alléger, anticiper.

2. Est-ce vraiment un sujet d’IA ?

Beaucoup de besoins qu’on me présente comme « de l’IA » se règlent avec de simples automatisations : un formulaire qui remplit un tableau, un rappel envoyé automatiquement, deux logiciels qu’on fait enfin se parler. C’est moins spectaculaire, mais c’est plus rapide, moins cher, et surtout plus sûr : pas de modèle qui « invente », pas de donnée de santé qui transite là où elle ne devrait pas.

Ma règle : on ne sort l’IA que quand le sujet demande de comprendre du langage, de résumer, de classer ou de rédiger. Pour tout le reste, on automatise sans elle.

3. Quelles données allez-vous manipuler ?

Avant de tester quoi que ce soit, listez les informations que l’outil devra lire ou produire. Trois cas :

  • Aucune donnée personnelle (documentation interne, procédures, courriers types) : vous pouvez avancer vite.
  • Données personnelles non sensibles (planning, coordonnées d’un fournisseur) : c’est encadré, mais gérable.
  • Données de santé : là, on ralentit. Hébergement certifié HDS, base légale, information des personnes, analyse d’impact. Ce n’est pas un « non », c’est un « pas sans cadre ».

Cette étape de tri évite 90 % des mauvaises surprises.

4. Qui va s’en servir, et est-ce que cette personne en a envie ?

Un cas d’usage qui repose sur une seule personne motivée s’effondre le jour de son départ ou de son arrêt maladie. À l’inverse, un outil imposé à une équipe qui n’en voit pas l’intérêt finit inutilisé au bout de trois semaines.

Le bon premier projet est celui où l’équipe concernée demande elle-même à gagner du temps sur une tâche précise. Commencez là où l’envie existe déjà. Les autres services suivront quand ils verront le résultat.

5. Comment saurez-vous que ça a marché ?

Fixez la mesure avant de commencer, même grossièrement : « aujourd’hui, cette tâche prend deux heures par semaine » ; « on veut descendre à trente minutes ». Sans repère de départ, vous ne pourrez jamais défendre le projet devant votre siège ou votre CVS, et vous ne saurez pas s’il faut le généraliser ou l’arrêter.

En pratique

Un premier projet réussi tient en général dans ce format :

  1. Un cas d’usage, un service, une tâche. Pas trois.
  2. Un test sur quatre à six semaines, avec les personnes qui feront le travail.
  3. Un bilan chiffré présenté en équipe de direction.
  4. Ensuite seulement, on décide d’étendre — ou de passer au cas d’usage suivant.

L’erreur la plus fréquente n’est pas de mal choisir son outil. C’est de vouloir tout faire d’un coup, sans jamais rien terminer. Un seul cas d’usage mené jusqu’au bout, mesuré et raconté, vaut mieux qu’un plan à dix chantiers qui reste dans un tiroir.

Si vous voulez faire ce tri pour votre établissement, c’est exactement l’objet d’un premier échange.

Guillaume Marzocchi — ancien directeur d'EHPAD pendant quinze ans, aujourd'hui consultant et formateur en intelligence artificielle pour le secteur sanitaire et médico-social.

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